Hausse de taux des obligations d’Etat américaines : une tendance structurelle

01/09/2026

Les rendements des obligations à long terme du Trésor américain ont atteint leur plus haut niveau depuis deux décennies : 5,19% le 27 août pour les obligations à 30 ans, soit une hausse de 33 points de base depuis fin juin 2026, et 4,67% pour les obligations à 10 ans. Cette hausse des taux d’intérêt des obligations d’Etat renchérit indirectement le coût du financement des entreprises et des ménages, avec un effet particulièrement marqué sur les secteurs les plus sensibles au crédit, à commencer par l’immobilier.

Face à cette situation, le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a fait savoir le 19 août que son administration comptait doubler le volume de ses rachats sur la dette à échéance longue, de 2 à 4 milliards de dollars, sans que cela ait d’effets marqués sur les taux de marché. Après cet échec relatif, le Trésor américain a laissé entendre qu’il pourrait mobiliser son compte général (TGA, environ 950 milliards de dollars) pour financer des rachats d’obligations d’État, ce qui lui donnerait une marge de manœuvre importante sur les rendements longs, tout en écartant l’idée d’un recours à la Fed. Bien que les modalités précises et le montant finalement mobilisé restent flous, l’ampleur des sommes disponibles pourrait suffire à rassurer une partie des investisseurs. Ces annonces gouvernementales marquent un tournant : c’est la première fois depuis plusieurs dizaines d’années que le Trésor américain essaie d’avoir un impact direct sur le prix des obligations (en dehors de périodes de très forte volatilité et de dysfonctionnement manifeste du marché comme en mars 2020).

Si ces annonces du Trésor ne parviennent pas à comprimer les taux des obligations américaines, c’est parce qu’elles ne traitent pas les déterminants fondamentaux de cette hausse. Parmi eux figure la trajectoire de la dette américaine – qui a franchi mi-août le niveau record de 40 000 milliards de dollars –, alourdie par un creusement du déficit du fait de moindres recettes douanières, de la hausse des dépenses militaires et de l’augmentation de la charge d’intérêt. Si les taux d’emprunt se maintenaient à leur niveau actuel dans les années à venir, la dette publique américaine pourrait atteindre 131% du PIB en 2036.

Par ailleurs, la demande en dette est de plus en plus soumise à la concurrence des besoins de financement privés nécessaires au développement de l’IA. À cela s’ajoute une recomposition progressive de la base d’investisseurs en bons du Trésor, les détenteurs institutionnels, traditionnellement peu sensibles aux variations de prix, cédant peu à peu la place à des investisseurs privés davantage réactifs aux conditions de marché.

Enfin, cette hausse des taux pourrait également tenir à une possible érosion de la crédibilité de la Fed, dans le contexte de la proximité de son nouveau président avec D. Trump et de ses premières interventions publiques ayant augmenté la volatilité, alors que l’inflation est au-dessus de sa cible depuis 5 ans.