IA : les gains de PIB attendus sont en hausse, mais les inquiétudes liées à son usage aussi

27/10/2026

Depuis quelques mois, l’inquiétude face au développement de l’intelligence artificielle semble progresser dans les opinions publiques. Selon l’enquête récente menée par le Pew Research Center dans 37 pays, la part des répondants se déclarant davantage inquiets qu’enthousiastes face à l’utilisation croissante de l’IA dans la vie quotidienne atteint 37 %, contre 13 % seulement exprimant davantage d’enthousiasme. Les écarts entre pays sont marqués. Les opinions publiques les plus inquiètes sont généralement celles d’économies matures telles que l’Australie, les Etats-Unis ou encore le Canada, où la diffusion de l’IA y est plus forte et les emplois qualifiés y sont plus exposés. Viennent ensuite plusieurs pays européens. Peu de pays émergents et en développement semblent inquiets à ce stade.

Sans surprise, les inquiétudes spécifiques en matière de perte d’emploi semblent particulièrement fortes, même si l’IA peut être à la fois perçue comme un moteur de croissance et une menace pour certains emplois, comme l’illustre le cas de la Corée du Sud : seuls 18 % des répondants se disent inquiets face à l’IA, mais 76 % anticipent une baisse du nombre d’emplois. Ce paradoxe pourrait s’expliquer par une perception concrète des bénéfices de l’IA, le pays bénéficiant directement de son essor mondial grâce à son industrie des semi-conducteurs.

L’ampleur des gains de productivité associés à l’adoption de l’IA reste incertaine, ce qui explique ces inquiétudes accrues. Les estimations les plus récentes plaident néanmoins pour un impact plus fort que les plus anciennes, sous l’effet d’une adoption plus rapide qu’initialement prévu. Par exemple, l’OCDE a récemment revu ses projections : si en 2024, elle estimait l’apport de l’IA à 0,4 à 0,9% par an de productivité du travail aux États-Unis, elle table désormais sur des gains de 0,45 à 1,35 pp. A ce stade, les effets de l’IA sont surtout visibles sur l’investissement : aux États-Unis, l’investissement en équipements de traitement de l’information et en logiciels a contribué en moyenne à environ 0,85 point de la croissance du PIB en 2025 (soit 40 % de celle-ci) et à près d’un point au premier semestre 2026.

Pour les États, les effets de l’IA sur les finances publiques sont aussi incertains et varieront d’un pays à l’autre. En effet, si elle peut avoir un effet positif le taux de croissance du PIB, l’IA peut aussi relever les taux d’intérêt, à travers ses effets sur la demande de financement, l’inflation et les anticipations de croissance. Elle nourrit donc l’espoir de nouvelles marges de manœuvre budgétaires, mais soulève aussi des besoins d’accompagnement. Une progression durable de la productivité élargirait les bases fiscales et réduirait le poids de la dette. Mais les inquiétudes sur l’emploi et sur le partage de la valeur ajoutée peuvent appeler des dépenses de formation et de protection sociale. Les risques identifiés par les développeurs exigent en outre des capacités d’évaluation et de supervision. Les États pourraient donc devoir financer la transition vers l’IA avant d’en recueillir les bénéfices.